«En sacrifiant des fleurons industriels pour “sauver la planète”, la France fait rire»

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ENTRETIEN – L’ancien journaliste Philippe Manière brocarde une approche dogmatique et millénariste de l’écologie qui, selon lui, nuit aux intérêts du pays.Par Marie-Laetitia Bonavita et Philippe ManièrePublié le 2 juillet 2020 à 19:58, mis à jour le 2 juillet 2020 à 19:58

Philippe Manière
Philippe Manière Clairefond

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LE FIGARO. – Pourquoi ce titre curieux: Le pangolin et l’ISF. Comment «le monde d’après» nous rend tous fous?

Philippe MANIÈRE. – J’ai été choqué par la logorrhée germanopratine qui s’est abattue sur le pays au printemps, ces analyses grandiloquentes et niaises venant aussi bien d’Isabelle Adjani que de Laurent Berger ou même d’Emmanuel Macron. Yannick Jadot a ainsi exigé «un Grenelle du monde d’après». Pourquoi pas des «États généraux de l’au-delà», tant qu’on y est? Le reste du monde a réagi à l’épidémie en se demandant comment panser les plaies. Nous avons voulu, nous, les penser, en désirant leur «trouver un sens» Or, fondamentalement, une maladie n’a pas de sens. Que l’on réponde «odieuse mondialisation financière», «méchants supertankers» ou «besoin d’ISF», quand un Chinois fait son repas d’un pangolin pas frais, c’est proprement bouffon. Les épidémies, peste, choléra ou polio, existent de toute éternité, elles n’ont pas attendu les fonds de pension et les multinationales.À lire aussi : À Lyon, Bordeaux, Strasbourg… Portraits des nouveaux maires écologistes

En imputant cette particularité française à la tradition chrétienne, n’avez-vous pas peur de choquer certains?

Je suis moi-même catholique pratiquant, ce qui devrait purger la suspicion… Le problème n’est pas la religion, c’est le transfert dans le débat public de schèmes typiques du judéo-christianisme. Notre pays est très déconfessionnalisé, mais nos esprits demeurent imprégnés de cet héritage qui invite à lire tout malheur comme le fruit mérité d’un comportement peccamineux appelant pénitence. Il est frappant que la vision écologique copie servilement le récit judéo-chrétien d’un péché répété contre Dieu (auquel on a substitué la nature). On retrouve cette correspondance jusque dans les détails – par exemple, la rédemption par le vélo permet de souffrir avec ostentation ou encore le bio que l’on paie plus cher pour racheter ses péchés. Cette démarque nunuche du christianisme qu’est l’écologisme triomphant, loin d’avoir la profondeur de l’original, conduit à des contresens intellectuels et moraux.Il est frappant que la vision écologique copie servilement le récit judéo-chrétien d’un péché répété contre Dieu (auquel on a substitué la nature).

Avec la Convention citoyenne pour le climat, l’État en fait-il trop?

Une politique visant à limiter l’ampleur et les impacts du réchauffement climatique est légitime. Mais sacrifier le nucléaire, filière française d’excellence qui produit une énergie décarbonée, au bénéfice d’éoliennes ou de panneaux solaires importés à grands frais dont la production intermittente requiert qu’on ait aussi des centrales à gaz est une folie. Même chose quand l’État demande à Air France d’accélérer le remplacement de ses A 320 franco-allemands motorisés français par des A 220 fabriqués au Canada et équipés de moteurs américains. Ces choix suicidaires effectués au nom de «la planète» font de nous la risée de nos concurrents.À lire aussi : La Convention citoyenne pour le climat est-elle représentative des Français?

La mondialisation ne mérite donc pas tant d’opprobre…

Qu’on s’efforce d’en limiter certains inconvénients, évidemment. Mais n’oublions pas que c’est grâce à la division internationale du travail que notre niveau de vie, mais aussi, indirectement, notre longévité ont crû depuis deux cents ans dans des proportions dont nos aïeux n’auraient même pas rêvé! Sacrifier ces bienfaits sur l’autel de la lutte contre le Covid-19 serait à la fois ridicule et mortifère.

N’est-il pas, malgré tout, légitime d’appeler à davantage de souveraineté industrielle, notamment dans la santé?

Tout est discutable. Mais il faut distinguer entre la disposition d’un bien, et sa production locale. À l’image de tous les pays d’Occident, la France a ainsi des réserves stratégiques de pétrole alors qu’elle n’en produit pas. Il suffit de le stocker en avance. C’est d’ailleurs ce qui avait été fait il y a dix ans avec les masques, qui étaient déjà importés pour l’essentiel…

Vous regrettez que la France ait donné la priorité à «la pureté du confinement» sur «la prospérité économique». Que penser des aides de vaste ampleur accordées par l’État et l’Union européenne?

Il est normal que l’État cherche à limiter la dévastation économique. Mais ses aides auraient dû se concentrer sur les secteurs qui ont spécialement souffert (restauration, commerce, tourisme, aviation). Or l’État a distribué sans compter financement du chômage partiel et prêts garantis Ce n’est pas en «nationalisant» une partie de notre économie et en endettant fortement le pays que l’on servira les générations futures.

La crise a montré que le télétravail avait bien fonctionné. Est-ce une solution d’avenir?

Le télétravail a permis d’accélérer la digitalisation du pays, ce qui est une bonne chose. Si toutefois cette méthode de travail devenait la norme, je crains que le monde soit moins heureux, l’homme ayant besoin de sociabilité, et moins créatif.

* Président de Vae Solis Communications.

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